法语助手
2025-04-02
Vous connaissez le point commun entre un robot et la sauce bolognaise ?
Non ?
On vous dit ça à la fin.
D'abord, il faut qu'on vous parle de "L'Homme orchestre",
le quatrième film de Serge Korber, qui va nous permettre de questionner
l'amour immodéré des Français pour les comiques de droite.
Nous sommes en 1970, le plein de "Super" coûte 64 francs,
le ministre de l'Intérieur interdit Hara-Kiri,
les Beatles se séparent et la mission Apollo 13 a un problème.
"L'Homme orchestre" s'ouvre sur une course poursuite
pas super impressionnante, mais un peu quand même,
qui prouve que bien avant l'invention du drone, on aimait déjà se servir
de chouettes plans aériens pour démarrer une comédie.
Au volant, un monument du genre...[Crissement de pneus]
Louis de Funès.
On a l'impression qu'il a toujours été ce vieux monsieur
chauve et marrant, au visage incroyablement expressif.
– C'est de mon collègue ou de moi que vous vous foutez ?
– Ah des deux ! Je me fous des deux ! – Mais non, monsieur l'agent, ha ha...
Et pour cause,
même si il tourne énormément au cinéma à partir des années 40,
le grand public ne le remarque vraiment qu'à partir de
la "Traversée de Paris" en 1956 et le rôle mémorable de...
– Jambier !!!
... où il donne alors la réplique à Jean Gabin et surtout à Bourvil,
avec qui il partagera plus tard l'affiche de deux comédies phares
des années 60 :
"Le Corniaud" et "La Grande Vadrouille".
– Attendez moi !
Au cours de cette décennie, de Funès commence à collectionner
les premiers rôles et surtout les succès au box office.
Entre 64 et 69, il est ainsi la vedette de 14 films
qui dépassent les 3 millions d'entrées.
Si tous ces cartons avaient eu lieu quelques décennies plus tard,
on aurait dit de l'acteur qu'il était super méga ultra BANKABLE.
De Funès est alors à la recherche
de jeunes metteurs en scène pour diversifier ses rôles.
C'est comme ça qu'il découvre Serge Korber,
cinéaste proche de la Nouvelle Vague, qui se fera aussi connaître quelques
années plus tard sous le pseudonyme de John Thomas.
Mais ça, hum, c'est une autre histoire...
Bref, le réalisateur vient de signer
un joli succès avec sa première comédie, "Un idiot à Paris",
dans laquelle Jean Lefebvre, l'idiot du titre, fait face à Bernard Blier,
fantastique dans le rôle du patron autoritaire.
– Qu'est-ce que t'attends pour te relever toi ?
Une paire de tartes ?!
De Funès, qui a adoré le film,
demande à rencontrer Korber, et c'est le coup de foudre.
Le tandem décide alors de se lancer dans un projet ambitieux,
une comédie musicale à la lisière du cinéma expérimental.
Il confie d'ailleurs la bande originale à François de Roubaix,
compositeur exigeant, entendu notamment chez Julien Duvivier
ou Jean-Pierre Melville et connu pour son goût de l'expérimentation sonore.
Ce film c'est donc, "L'Homme orchestre".
Louis de Funès y incarne Evan Evans,
un metteur en scène de renom à la tête d'une troupe de danseuses.
Il est assisté dans sa tâche par son neveu,
incarné par Olivier de Funès...
« ... qui s'appelle Philippe dedans, et en réalité, Olivier de Funès c'est mon fils. »
Après quelques films tournés avec papa, celui-ci mettra rapidement fin
à sa carrière de comédien pour devenir pilote de ligne chez Air France...
Mais on s'égare !
Soucieux de l'intégrité de son spectacle,
Evan Evans impose à ses filles une discipline de fer
et leur interdit de fréquenter des hommes.
– Ici, y a pas d'homme, pas de jeune homme, pas de mariage, y a rien !
Le personnage s'inscrit parfaitement dans
l'archétype du bourgeois réactionnaire qui a fait le succès de De Funès...
– Ça va mon petit Marcel ? ... paternaliste... autoritaire...
– Je ne veux pas le savoir !! … colérique...
– Il en manque une ! ... radin...
– Qu'est-ce qu'elle a l'air bête celle-là ! ... misogyne...
– Elle est même pas café au lait, elle est noire !
... et raciste.
L'homme orchestre est un peu tout ça à la fois.
Il est radin, misogyne comme il faut, totalement paternaliste,
beaucoup trop autoritaire et peut-être un petit peu raciste.
Cet avatar de comédie n'est pas nouveau.
On le trouve en fait carrément
à la racine de la comédie française, dans le théâtre de Molière.
Né à Paris près de 400 ans avant
d'être incarné par Romain Duris au cinéma, Jean-Baptiste Poquelin,
dit Molière, connaîtra un succès retentissant à la cour de Louis XIV,
en signant une poignée de pièces, tournant en dérision la bourgeoisie
de l'époque.
"L'Avare", "Le Malade imaginaire", "Le Bourgeois gentilhomme"
participent alors à façonner cette figure incontournable dont de Funès,
grand amateur de Molière, va plus tard s'emparer.
– Qu'est-ce qu'il dit ?
En 1980, il en fera d'ailleurs l'aveu un peu trop littéral,
en portant lui-même à l'écran "L'Avare" avec l'aide de Jean Girault.
– Voilà un pendard de valet qui m'incommode fort.
Et je ne me plais point à voir ce chien de boiteux là...
Ce que film après film, Louis de Funès a su incarner à merveille,
c'est donc cette figure ancestrale du patriarche rigide,
qui va être forcé par les événements à s'attendrir.
[Pleurs]
Ici, le basculement se fait par le truchement d'un bébé...
DEUX bébés en fait...
« ♫ Quand…
Tu fais la, la, la, la, la... Pense... aux conséquences ♫ »
À grands coups de quiproquos,
la comédie musicale prend un virage boulevardier,
qui s'appuie précisément sur la fibre paternaliste du personnage,
en permettant aux femmes dont on a déjà pu constater la solidarité
de reprendre le contrôle.
Soumis à la ruse de ses ouailles, le bourgeois est certes ridiculisé,
mais il est également rendu plus aimable.
Pour autant,
si on aime les personnages odieux incarnés par de Funès,
ce n'est pas seulement parce que le scénario finit par les rendre
sympathiques, mais avant tout parce qu'ils nous font rire.
L'acteur a pour cela un atout majeur, sa TECHNIQUE.
Quand sur "Rabbi Jacob", il tient à s'entraîner pendant
des semaines afin de pouvoir danser aussi bien que ses camarades,
c'est que, pour lui, ce n'est pas du ridicule que vient
l'effet comique, mais au contraire de la précision de l'exécution.
Pour être drôle,
Louis de Funès doit maîtriser parfaitement son environnement.
Dans "L'Homme orchestre",
c'est cette même force de précision qui opère,
aussi bien dans les séquences musicales que dans les scènes dialoguées.
– Philippe ! Philippe !! – Qui est-ce ?
– C'est moi, ouvre !
Serge Korber se permet même plusieurs scènes muettes,
presque entièrement mimées,
qui procèdent de cette même esthétique du mouvement et du rythme.
Le comique de Louis de Funès est naturellement musical.
Même quand il ne danse pas,
tous ses mouvements sont chorégraphiés, séquencés.
Rappelons que le comédien a une formation de musicien et a officié
pendant des années comme pianiste de bar.
Il en a gardé ce sens du rythme, si précieux en comédie.
[♫ Son de piano ♫]
– C'est enlevé ça !
Du coup, les metteurs en scène qui ont affaire à lui
ont tendance à se mettre en retrait, pour ne pas nuire au rythme imprimé
naturellement par le comédien.
Plutôt que d'essayer de diriger Louis de Funès,
il suffit de poser sa caméra et de le suivre, en limitant les coupes
pour privilégier les plans larges et les travellings.
– Paaa paaa paaaaah !
Edouard Molinaro, réalisateur de "Oscar", le dit lui-même :
« J'étais une espèce de super-assistant,
qui était là pour lui permettre de s'exprimer au mieux,
mais le vrai créateur, c'est lui. »
« Je ne veux plus être dirigé.
C'est-à-dire : "dis-donc Louis, tu vas te mettre là et tu vas faire ça".
Je ne sais pas pourquoi il me dit ça, il n'y a que moi qui peux le sentir. »
Si Louis de Funès est un magnifique soliste,
il est également le chef d'orchestre de ses propres prestations.
– Quel toupet !
"L'Homme orchestre" en est l'illustration la plus littérale.
Jusqu'au début des années 80, ce petit bonhomme à la technicité hors
du commun a donc donné le "la" de la Comédie française.
Et puis...
« Le rire en deuil, Louis de Funès est mort la nuit dernière.
Invité de ce journal,
l'autre comique français admiré par de Funès, Coluche. »
Son partenaire de "L'aile ou la cuisse",
semblait alors destiné à incarner le renouveau de la comédie française...
– Tu montes oui ou non ?
... en lui faisant prendre un virage à gauche.
Mais à peine trois ans plus tard...
[♪ Bruitage d'accident ♪]
« Coluche est mort, mort dans un accident de moto près de Grasse,
il avait 41 ans.
Il nous a fait rire, ce soir, on pleure. »
Avec ces deux disparitions successives
et l'essor d'une nouvelle génération de comédiens post-soixante huitards,
la comédie se détourne donc momentanément des bourgeois et des prolos,
pour s'amuser des lycéens, des vacanciers, des galériens
ou des hippies.
– On est mieux ici qu'à Paris. – Ah oui, c'est sûr !
Mais en 1993, Gérard Oury,
auteur de trois des plus grands succès de De Funès,
ressuscite l'archétype du bourgeois "réac",
avec une comédie initialement écrite sur mesure pour son acteur fétiche.
Le rôle revient finalement à un acteur qui,
invité en 1989 du Divan d'Henry Chapier, était présenté en ces termes :
« L'homme-orchestre des nouvelles comédies à la française,
est né le 6 mai 1952 à Paris, dans une famille bourgeoise. »
Vous l'avez reconnu, il s'agit de CHRISTIAN CLAVIER.
– Deux boules, c'est combien ? – Seize francs.
– Une boule, ça ira.
Dans "La soif de l'or", Clavier incarne Urbain Donnadieu,
un PDG irascible qui essaie d'échapper au fisc.
Il s'inscrit ainsi dans un archétype qu'il va régulièrement retrouver
dans la deuxième partie de sa carrière, marquée par des rôles
de bourgeois tyrannique, radin et colérique...
– Mais venez, vous !!
... de Français raciste, paternaliste ou misogyne.
– Ma femme aussi a un don pour l'écriture, hein...
Elle remplit très bien les chèques !
À ce sujet, Patrick de Funès, le frère d'Olivier,
soucieux de voir ainsi pillé l'héritage de leur père,
avait dès 2005 été très clair sur le plateau d'Ardisson.
« Qui sont les successeurs de votre père pour vous, Christian Clavier ? »
« La contrefaçon ? Ah non, il faut l'arrêter en douane, celui-là. »
« Vous trouvez que c'est de la contrefaçon ? »
« C'est de la contrefaçon, ce n'est même pas de l'imitation,
c'est de la contrefaçon et de la récupération !
Il y a des gens qui se sont inspirés, il y a d'autres gens... Mais là, non ! »
Quelque chose distingue toutefois nettement les deux acteurs.
Tandis qu'à la ville, ou plus précisément à la campagne,
Louis de Funès apparaît comme un gentil monsieur timide
qui s'occupe tranquillement de ses géraniums.
Christian Clavier, lui, semble plus proche des personnages
qu'il caricature à l'écran.
Du vacancier du Club Med au grand bourgeois xénophobe,
l'acteur force le trait, mais glisse toujours un peu lui-même.
C'est pourquoi, malgré leur ressemblance,
leur perception par le public peut diverger.
L'un est fils d'immigrés, besogneux et discret,
l'autre plus démonstratif, solide sur ses appuis,
aussi à l'aise sur les plateaux télé qu'aux meetings de Nicolas Sarkozy.
N'en déplaise aux héritiers de Louis, Christian a gagné
une place de choix dans la famille des grands comiques de droite,
très appréciés par les Français,
presque autant que leurs cousins, les chanteurs de droite.
« ♫ Mon Sarko, je suis bien dans tes bras... ♫ À vous ! »
S'il avait été chanteur, Louis de Funès aurait pu être
Charles Aznavour, le taulier, le bourreau de travail
minutieux, soucieux de son hygiène de vie.
« Vous êtes toujours au régime ?
– Jusqu'à la fin de mes jours. »
Christian Clavier, lui,
aurait été le bad boy bien coiffé, la grande gueule à chemise ouverte,
autrement dit : Michel Sardou.
« Vous seriez capable de tuer quelqu'un ? – Si on tue mon môme,
il y a même pas l'ombre d'un doute... Puis je tire bien. »
Que l'on trouve davantage son compte dans l'un ou l'autre de ces avatars
du français atrabilaire, est finalement assez secondaire.
Le public, lui, ne s'y trompe pas.
En comédie comme en chanson,
le succès de ces hommes orchestres dit quelque chose des Français.
De de Funès à Sardou, il y a tous les patrons,
les gendarmes, les beaux pères dont il semble vital de pouvoir s'amuser.
Et à travers eux,
c'est notre esprit de révolte comme notre goût du confort qui s'exprime.
Nous sommes ce peuple ambigu,
râleur et orgueilleux, voué depuis des siècles à se moquer de l'autorité.
« ♫ ... et rigoler entre nous, sur des airs populaires…
Sur des airs populaires... ♫
♫ Dans les bals populaires, quand l'accordéon joue...
Le tango des grands-mères... ♫ »
Oh le con ! Il a oublié la chute.
Le robot et la sauce bolognaise, ils sont tous les deux... automates.
– Vous n'aviez pas plus petit ? – Ah ben non, c'est la forme standard.
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